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Critères d'attribution et notation des offres

Une fois votre dossier jugé recevable, tout se joue sur une seule question : comment votre offre est-elle notée ? L'acheteur ne choisit pas au feeling. Il applique des critères annoncés à l'avance, chacun avec un poids, et attribue le marché à l'offre économiquement la plus avantageuse. Comprendre cette mécanique, c'est savoir où se gagnent les points et concentrer votre mémoire là où ça compte.

Guide pratique · mis à jour en juillet 2026 · par Enzo Saminomentsoa, Palmio

1. L'offre économiquement la plus avantageuse (OEAB)

En marché public, l'acheteur n'attribue ni au hasard ni à la tête du client. La règle est posée par l'article L2152-7 du Code de la commande publique : le marché revient au soumissionnaire qui a présenté l'offre économiquement la plus avantageuse, souvent abrégée OEAB. C'est l'offre qui obtient le meilleur résultat au regard des critères annoncés, pas nécessairement la moins chère.

Le point est capital : l'OEAB n'est pas le moins-disant (l'offre la moins chère), mais le mieux-disant (le meilleur rapport entre ce que vous coûtez et ce que vous apportez). Sur la plupart des marchés, une offre plus chère mais techniquement supérieure peut l'emporter. C'est précisément là que se joue votre mémoire technique.

2. Un seul critère ou plusieurs ?

L'acheteur détermine l'offre économiquement la plus avantageuse de l'une des deux façons prévues par l'article R2152-7.

DéterminationCe que note l'acheteurQuand
Un critère uniqueLe prix, ou le coût.Le prix seul est réservé à l'achat de fournitures ou de services standardisés. Le coût, lui, s'apprécie selon une approche globale, par exemple le coût du cycle de vie.
Plusieurs critèresLe prix ou le coût, plus un ou plusieurs critères qualitatifs, environnementaux ou sociaux.Le cas de loin le plus courant. L'acheteur recherche le meilleur rapport qualité-prix.

Détermination de l'offre économiquement la plus avantageuse : article R2152-7 du Code de la commande publique.

Dans le premier cas, un prix bas suffit. Dans le second, le plus fréquent, la valeur de votre offre compte autant, souvent plus, que son prix. Le règlement de la consultation (RC) vous dit lequel des deux s'applique, et avec quels poids.

Le prix seul ne peut pas servir à départager des prestations intellectuelles ou complexes. Dès qu'il y a de la matière technique à évaluer, l'acheteur retient plusieurs critères.

3. Les critères d'attribution possibles

L'article R2152-7 laisse à l'acheteur le choix des critères, à trois conditions : ils doivent être liés à l'objet du marché, objectifs et précis, et non-discriminatoires. Au-delà du prix, les plus courants sont les suivants.

CritèreCe qu'il mesure
Prix ou coûtLe montant de l'offre, ou son coût global : acquisition, usage, maintenance, fin de vie.
Valeur techniqueLa qualité de la prestation proposée, évaluée à partir du mémoire technique.
DélaisLes délais d'exécution ou de livraison, quand ils constituent un enjeu.
EnvironnementImpact écologique, cycle de vie, circuits courts, émissions évitées.
Social et insertionEmploi de publics en difficulté, conditions de travail, insertion professionnelle.
Service et garantiesSAV, assistance, garanties, moyens humains et matériels dédiés au marché.

Liste indicative encadrée par l'article R2152-7 du Code de la commande publique.

Chaque marché a sa propre combinaison. Un marché de travaux ne se note pas comme un marché de formation ou de nettoyage. Le premier réflexe en ouvrant un DCE : repérer les critères et leur poids dans le RC.

4. Pondération ou hiérarchisation : le poids des critères

Quand il y a plusieurs critères, encore faut-il savoir combien pèse chacun. Le Code prévoit deux façons de le dire, aux articles R2152-11 et R2152-12.

MéthodePrincipeEn pratique
PondérationChaque critère reçoit un poids chiffré, un pourcentage ou des points.Prix 40 %, valeur technique 60 %, par exemple. C'est la règle pour les procédures formalisées.
HiérarchisationLes critères sont classés par ordre décroissant d'importance, sans poids chiffré.Admise seulement lorsque la pondération n'est pas possible pour des raisons objectives.

Publicité et modalités de mise en œuvre des critères : articles R2152-11 et R2152-12 du Code de la commande publique.

Pour une procédure formalisée, la pondération est la règle : l'acheteur doit annoncer le poids de chaque critère dans les documents de la consultation, et il peut l'exprimer sous forme d'une fourchette avec un écart maximum. Retenez le réflexe : un critère à 60 % mérite 60 % de votre effort de rédaction.

Les sous-critères, lorsqu'ils existent et pèsent significativement, doivent eux aussi être annoncés et pondérés. Une valeur technique notée sur 60 se décompose souvent en sous-critères (méthodologie, moyens humains, planning) dont le RC donne le détail. C'est cette grille que votre mémoire doit suivre.

5. Comment le prix est noté

Le poids d'un critère, par exemple 40 %, dit combien il rapporte au maximum. La méthode de notation dit comment ces points se répartissent entre les offres. Pour le prix, la plus répandue est la règle de trois inversée, proportionnelle et recommandée par la Direction des affaires juridiques de Bercy :

Note prix = (prix de l'offre la moins chère / prix de votre offre) × points du critère prix

L'offre la moins chère obtient le maximum de points ; les autres sont notées proportionnellement à leur écart. D'autres méthodes coexistent, avec des effets différents.

MéthodeComment elle noteEffet
Règle de trois inversée(prix le plus bas / prix de l'offre) × note maximale.La plus neutre et la plus utilisée. Écarts strictement proportionnels.
Méthode linéaireNote dégressive selon l'écart au meilleur prix, avec une pente fixée par l'acheteur.Pénalise plus fortement les prix élevés. Le résultat dépend de la pente choisie.
Moyenne des offresNote calée sur la moyenne des prix reçus.Votre note dépend des concurrents. Déconseillée, car elle peut fausser le poids réel du prix.

Méthodes de notation du prix : guide « Le prix dans les marchés publics », Direction des affaires juridiques (DAJ), 2023.

Conséquence concrète : baisser son prix ne rapporte pas toujours autant qu'on le croit. Avec la règle de trois inversée, gagner quelques milliers d'euros sur un devis ne vaut souvent que quelques points, quand un mémoire technique convaincant en rapporte bien davantage.

6. Comment la valeur technique est notée

La valeur technique se note à partir de votre mémoire technique. L'acheteur ne compte pas des pages : il évalue le contenu, sous-critère par sous-critère, souvent à l'aide d'une grille d'appréciation.

Concrètement, chaque sous-critère reçoit une appréciation, par exemple Insuffisant, Passable, Bon, Très bon, convertie en points. Une réponse générique, recopiée d'un marché à l'autre, décroche « Passable » ; une réponse précise, qui reprend les contraintes du CCTP et décrit vos moyens réels, vise « Très bon ». Entre les deux, ce sont des points, donc des places au classement.

C'est le seul critère que vous maîtrisez entièrement à la rédaction. Le prix dépend de vos coûts, les délais de vos capacités ; la valeur technique dépend uniquement de la qualité de ce que vous écrivez. C'est là que se gagnent la plupart des marchés au mieux-disant. Notre guide pour structurer son mémoire technique détaille le plan à suivre.

7. Un exemple chiffré

Prenons un marché noté sur 100 : prix 40 points, valeur technique 60 points, avec la règle de trois inversée pour le prix. Trois entreprises répondent.

OffrePrixNote prix (/40)Note technique (/60)Total (/100)
Entreprise A100 000 €36,05086,0
Entreprise B (la moins chère)90 000 €40,04282,0
Entreprise C120 000 €30,05888,0

Notes de prix calculées avec la règle de trois inversée : 90 000 / prix de l'offre × 40.

L'entreprise B est la moins chère et rafle les 40 points du prix, mais son mémoire est le plus faible : elle finit dernière. L'entreprise C est la plus chère, perd 10 points sur le prix, mais son mémoire fait la différence et elle remporte le marché. Voilà le mieux-disant en action : ici, c'est la qualité de la réponse, pas le prix, qui a désigné le lauréat.

8. Ce que l'acheteur doit annoncer

La transparence a des limites précises, et les connaître vous évite de perdre du temps.

Ne cherchez pas la formule cachée, cherchez les poids affichés. Le RC vous dit exactement combien vaut chaque critère. C'est cette information, et non la mécanique interne de calcul, qui doit guider votre réponse.

9. Lire la notation pour gagner des points

Un dossier qui ignore la grille de notation laisse des points sur la table. La bonne méthode tient en quatre réflexes.

  1. Repérez les critères et leurs poids dans le RC, avant même de commencer à rédiger.
  2. Répartissez votre effort selon les poids : un critère à 60 % justifie l'essentiel du mémoire, un critère à 10 % quelques lignes bien ciblées.
  3. Suivez le plan des sous-critères : structurez le mémoire dans l'ordre et avec les intitulés de la grille, pour que l'évaluateur retrouve chaque point là où il l'attend.
  4. Répondez au marché, pas en général : reprenez les contraintes du CCTP, nommez vos moyens réels, chiffrez. C'est ce qui sépare un « Bon » d'un « Très bon ».

10. Les erreurs à éviter

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'offre économiquement la plus avantageuse (OEAB) ?

L'offre économiquement la plus avantageuse est celle que l'acheteur retient au terme de l'analyse, sur la base des critères annoncés (article L2152-7 du Code de la commande publique). Ce n'est pas forcément la moins chère : c'est celle qui obtient la meilleure note d'ensemble, en combinant le prix et, le plus souvent, la valeur technique, les délais ou des critères environnementaux et sociaux. On parle de mieux-disant, par opposition au moins-disant.

L'offre la moins chère gagne-t-elle toujours ?

Non, sauf si le marché est attribué au seul critère du prix, ce qui est réservé aux achats standardisés. Dans la majorité des marchés, l'acheteur note plusieurs critères pondérés. Une offre plus chère mais techniquement supérieure peut donc l'emporter : tout dépend du poids du prix face à celui de la valeur technique, indiqué dans le règlement de la consultation.

Comment le prix est-il noté dans un marché public ?

Le plus souvent avec la règle de trois inversée : l'offre la moins chère obtient le maximum de points, et les autres une note proportionnelle, selon la formule note = prix le plus bas / prix de l'offre, multiplié par le nombre de points du critère prix. C'est la méthode recommandée par la Direction des affaires juridiques. D'autres méthodes existent (linéaire, moyenne des offres), mais elles sont plus contestées.

L'acheteur doit-il communiquer sa méthode de notation ?

Non. L'acheteur doit publier les critères d'attribution et leur pondération, mais pas nécessairement la méthode de notation, c'est-à-dire la formule de calcul. Il la choisit librement, à condition qu'elle ne dénature pas les critères ni ne neutralise leur pondération annoncée. Ce qui vous guide pour répondre, ce sont les poids affichés, pas la formule interne.

Comment savoir combien vaut chaque critère ?

Dans le règlement de la consultation (RC), la pièce du dossier de consultation qui fixe les règles du jeu. Il liste les critères d'attribution et leur pondération, ou à défaut leur ordre d'importance, souvent avec le détail des sous-critères. C'est le premier document à lire : il vous dit précisément où se gagnent les points, avant que vous n'écriviez une ligne.

Répondez là où se gagnent les points.

Palmio lit le règlement de la consultation, repère les critères et leur poids, et génère un mémoire technique aligné sur la grille de notation. Vos équipes valident les arguments, au lieu de deviner où concentrer l'effort.

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Ce guide est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Les critères d'attribution et leur mise en œuvre relèvent des articles L2152-7, R2152-7 et R2152-11 à R2152-12 du Code de la commande publique, ainsi que du règlement de la consultation propre à chaque marché ; vérifiez les règles applicables sur economie.gouv.fr et dans le dossier de consultation.